Shima Andoru

L'île volante
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 Lecture nocturne... [Librù !]

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Yuki Tsukino



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MessageSujet: Lecture nocturne... [Librù !]   Jeu 29 Mai - 20:06

La nuit s’était lentement installée, amenant de l’obscurité tout au dessus de Shima. Assise au bord d’une fenêtre, Sakura avait observé l’arrivée tardive de la lune et de ses astres, appréciant comme toujours ce moment où le vent se levait et soulevait sa longue chevelure rousse et argentée. Elle frémissait à chaque fois qu’une brise caressait sa peau, la glaçant jusqu’aux os. Mais le froid n’était pas le pire ennemi de l’adolescente, bien au contraire. Elle avait longtemps vécu dans la neige, pataugeant dans ces immenses plaines blanches, peu de temps après avoir déserté Tara. La guerre lui avait brisé le cerveau, elle ne s’était plus sentie capable d’avoir un jour à faire à quelqu’un de l’académie. A quelqu’un tout court. Aussi, lorsqu’elle était retournée vivre chez ses parents d’accueil, elle avait souvent attendu l’hiver et ses flocons brillants ; l’automne et ses orages continuels, où elle passait son temps à traîner sous la pluie. L’été n’était plus qu’une rare source d’orages, le printemps également. Alors la nuit, elle se levait, se faufilait dehors, en robe de nuit, commençait par souffrir de la morsure du vent et finissait par la savourer. Elle entendait les appels désespérés de sa fausse famille, au loin, ne se souciant pas de leur inquiétude. Parfois même, elle s’était réveillée dans son lit, trois ou quatre couvertures posées sur elle, parce qu’elle s’était endormie dans la neige, tombant dans un état d’hypothermie qui n’avait d’effet que de la plonger dans un profond sommeil.

Sakura bascula dans le vide, se laissant tomber sur le sol qui se trouvait à quelques centimètres. Elle s’avança dans l’herbe, sentit la brise se faire trop tiède, pas assez fraîche. Pas assez belle. C’était assez frustrant. Elle observa le ciel, noir et piqueté de tâches infimes et lumineuses. Mais pas un de ces astres n’étaient couvert par un nuage, aussi elle su que la pluie n’arriverait probablement pas cette nuit. Assez déçue et tout autant contente de ne pas faire face à cette habituelle contrainte de rester dehors, elle fit demi tour, s’engonça derrière la fenêtre qu’elle referma derrière elle, après avoir posé les pieds sur le sol en bois d’un long couloir tortueux. Frôlant les murs de ses épaules, elle se dessina un chemin dans son imagination, et finit par déboucher – au bout de quelques minutes de recherche – en face de la grande porte, imposante, de la bibliothèque de l’académie. L’amnésique posa sa main sur la poignée en fer, la parcouru du bout des doigts, s’imprégna de tous les détails possibles. Et puis, elle ouvrit, se faufila dans l’immense salle, où sommeillait des livres, de gros volumes aux titres poussiéreux. Très intéressants, gorgés des plus grands savoirs. Les arts littéraires plaisaient énormément à Sakura, qui s’était toujours délectée de livres et de grimoires fantaisistes, racontant des histoires fantasmagoriques ou énumérant des points essentiels d’un apprentissage autonome.

L’amnésique s’avança dans la salle, vide de toute population. A cette heure avancée de la nuit, il était peu probable que quelqu’un vienne dans une bibliothèque où se dressaient les ombres effrayantes de colonnes de livres oubliés sur une table. Des silhouettes chancelantes, bougeant au rythme de la lune. Elle n’était pas effrayée par cette obscurité pesante. Elle aimait beaucoup lire sous une lumière tamisée, froide. Elle prit le chemin d’une allée, se retrouva face à une vieille armoire dont les portes étaient ouvertes à de nombreux et anciens volumes. Sakura se saisit d’un des ouvrages, alla s’asseoir sur le bord d’une des fenêtres qui donnaient sur un paysage calme. Elle l’ouvrit sur ses genoux, savoura le contact rugueux des pages abîmées sous ses doigts curieux. Un sourire naquit sur ses lèvres, s’étirant en une mince expression de joie. Elle se mit à lire, sans se soucier de ce qui pouvait se passer tout autour d’elle. Absorbée par ce conte pour enfants, elle se laissait bercer par des mots et par des histoires plus originales les unes que les autres, retrouvant sans vraiment le savoir, un souvenir d’enfance fragile…
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Sylphide Du Souffle



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MessageSujet: Re: Lecture nocturne... [Librù !]   Ven 30 Mai - 0:33

Sylphide ne dormait pas. Malgré tout ce que lui avait apporté Rie comme soutiens et comme consolation, elle était trop anxieuse pour penser à dormir. Depuis qu’elle s’était réveillée pour la première fois devant Shima avec ses habits pleins de terre, elle éprouvait des difficultés à s’endormir, ou plutôt à calmer son esprit. Trop de pensées surgissaient en elle pour qu’elle puisse atteindre cet état de repos où la fatigue se fait ressentir et que les muscles se décontractent afin que le corps et l’esprit se régénèrent en un sommeil réparateur. Pourtant, même en faisant de son mieux pour ne pas y penser, ses soucis la rongeait. Elle avait beau avoir chassé toutes les idées négatives de sa tête et ses sombres pensées, ses doutes continuaient de tournoyer autour d’elle, profitant de chaque moment de faiblesse pour revenir à la charge. Comment pouvait-elle oublier des moments de sa vie ? comment pouvait-elle ne pas se souvenir de neuf mois ? C’était inimaginable. Mais si elle commençait à réfléchir à toutes les choses qu’elle aurait crut impossibles avant, et qu’elle avait pourtant vécu, elle réalisait que le mot « impossible » perdait très souvent de son sens avec elle. N’arrivant pas à trouver le sommeil, la jeune élue de l’air avait décidé de profiter un peu de la nuit et du vent. Elle marchait en hésitant à travers les couloirs, cherchant le chemin vers la sortie, en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les autres élues et élus. Elle réussit à trouver les escaliers et là elle n’eut plus qu’à descendre jusqu’à être guidée par une lumière d’argent bleutée qui filtrait à travers les vitres du Grand Hall. Elle le traversa silencieusement et prit une inspiration avant d’ouvrir la porte.

Dehors, tout était différent, tout était mieux. Le vent soufflait, tiède, et elle se sentit comme accueillit par lui. Pas un nuage dans le ciel, les astres scintillaient et tout était dégagé. Sylphide alla s’asseoir sur un banc, car même si elle n’arrivait pas à s’endormir, cela ne voulait pas dire qu’elle était en pleine forme. A force de marcher dans les couloirs toute la journée, sans savoir quoi faire, il n’était pas étonnant qu’elle ait les jambes fatiguées. Pour tout le reste, physiquement, ça allait. Le vent souffla et la jeune fille frissonna. C’était normal, elle était assise dehors sur ce banc, à la lisière de la forêt. Pourtant, elle n’avait pas froid, et ce n’était pas le vent qui l’avait faite trembler. Elle sentait ses doutes qui revenaient à la charge, mais après tout, mieux valait les voir et y réfléchir une bonne fois pour toute pour éclaircir les choses. En quête de soutiens, ses yeux d’un blanc de nacre se levèrent vers le ciel illuminé, mais rien ne lui fit de signe. Le vent continua de souffler et lui caressa la peau. C’était agréable, elle ferma les yeux pour mieux ressentir cette caresse, cette tiédeur qui venait l’apaiser. Mais elle se devait de faire le point, ses pensées revenaient sans cesse, autant essayer de se faire un petit résumé de ce qu’elle ne comprenait pas, pour que tout soit plus clair : elle aurait du mourir, une fois, cela était certain, peut être deux, qui sait ? Elle s’était réveillée deux fois sans savoir ce qui s’était passé, et la première fois, un grand changement s’était opéré puisqu’elle avait retrouvé la vie. Elle aurait du remercier le ciel pour cela et ne plus essayer de réfléchir ; pourtant elle était là à essayer de trouver une réponse et de tout démêler, mais elle ne pouvait rien trouver au point où elle en était. Il ne fallait pas qu’elle se tourmente avec ça, mais elle ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé. Tiens, c’était une idée agréable, vivre normalement, en faisant abstraction du passé, mais en était-elle capable ? Sylphide avait besoin de se défouler, de sentir pleinement sa vie. Elle rouvrit les yeux, et son regard d’ivoire alla se perdre dans le ciel. Le vent souffla avec un peu plus de vigueur. Mais oui, après tout, cela faisait si longtemps, et puis elle en avait envie. Se souvenait-elle comment on faisait? Elle repensa à ses premier jours à Tara. Elle ne savait pas utiliser ses pouvoirs, mais grâce à un élu de la foudre, ils s’étaient révélés à elle. Ce fut grâce à lui qu’elle découvrit ses ailes du cœur, mais cela faisait si longtemps qu’elle ne l’avait pas vu. Il était partie de Tara quelques semaines après son arrivée, la laissant seule, mais pas démunie. Elle avait connu tant de monde depuis qu’elle s’était découverte élue de l’air, tant de gens l’avait aidé, même si certains lui avait également fait du mal. Sylphide se souvenait de tant de choses, elle ne pouvait pas avoir oublié ce qui était essentiel pour elle, pas ça, pas pour une élue de l’air, pas pour elle. Elle savait le faire, elle en était convaincue.

Alors elle se leva, elle s’avança là où elle aurait de la place, puis elle ferma les yeux. C’était une belle nuit pour cela, elle pouvait se souvenir. Elle l’avait fait en dormant sans le faire exprès dans la chambre avec Rie, alors en cherchant à le faire consciemment, elle pouvait réussir tout de même. Elle appela l’air en elle, et comme un ami à son écoute, il arriva autour d’elle, presque en l’enlaçant dans une étreinte. La magie vibrait en elle, et elle sentait l’air la parcourir, dans les moindres recoins de son corps. Progressivement, elle sillonna en l’élue de l’air, et lorsqu’elle arriva dans son dos, elle continua son chemin. Elle murmura quelque chose sans le faire exprès, inconsciemment, et des ailes majestueuses se déployèrent alors en frémissant dans le vent, des ailes blanches aux plumes soyeuses. Sylphide tenta de les ressentir, comme elle ressentait ses membres, et les replia sur elle-même, pour les caresser. Elle les déplia, les inclina, les pencha, les orienta dans le vent. Non, elle n’avait pas oublié ça, elle n’aurait tout simplement pas pu. Elle regarda le sol avec affection, nostalgie, se disant qu’il ne connaissait sûrement pas cela, puis après un dernier regard vers la terre, Sylphide s’élança dans le ciel. La lune brillait et était à son premier quartier, aussi elle avait une vision assez nette, mais de toute façon rien n’aurait pu la gêner dans le ciel. Pas d’obstacle, la liberté à perte de vue. Elle fut un peu désarçonnée lorsqu’elle fut dans les airs, en suspension dans le vide, mais c’était une sensation de bonheur pour une élue de l’air, et elle s’y habitua facilement. Voler, c’était si beau. Elle ne savait ni comment ni grâce à qui elle possédait des ailes, mais elle remercia de tout coeur intérieurement ce qui était à l’origine de cela. Elle survolait la forêt, rasait la cime des arbres, elle était si bien.
Sylphide revint vers Shima au bout d’une dizaine de minutes, et aperçu de la lumière à travers une fenêtre. Elle trouvait cela étrange, d’habitude, la plupart étaient fermées pour la nuit, ça devait être la chambre de quelqu’un qui n’arrivait pas à dormir. Par curiosité, elle s’en approcha, tout doucement pour ne pas se cogner contre le mur de l’académie, et fit du sur place pour regarder par la fenêtre aux volets ouverts, mais qui était elle aussi ouverte. L’élue de l’air vit que ce n’était pas une chambre mais la bibliothèque. Quelqu’un y lisait un livre, et Sylphide voulu entrer avec celle qui lisait, car son sur place commençait à lui faire perdre des forces d’une rapidité inquiétante. Elle tira les battants vers elle et se hissa à l’intérieur, ses ailes ne la portant presque plus. Quand elle atterrit sur ses jambes, et que ses ailes disparurent, elle ressentit sa fatigue et tomba à terre, se vautrant à terre presque aussi bien qu’une baleine qu’on aurait jeté du haut d’un étage. Elle finit par se relever péniblement, tandis que l’élue qui lisait s’arrêta pour regarder l’intruse, et Sylphide décida de se présenter tandis qu’elle se tenait au rebord de la fenêtre.


Euh…bonsoir, je m’appelle Sylphide. Désolée pour cette intrusion par la fenêtre mais j’étais un peu fatigué, c’est la première fois que je vole depuis…des mois je pense, ou peut être un an, je ne sais plus…

Sylphide était très troublée par ses problèmes de mémoire et ses trous noirs dans sa vie, quand soudain, elle regarda attentivement le visage de l’élue en face d’elle. Elle lui rappelait quelqu’un, et elle fouilla dans sa mémoire. Elle ne trouva pas mais ça ne l’inquiéta pas. Ne pas reconnaître quelqu’un, ça arrivait, pas de quoi en faire un drame. Elle préféra quand même demander à l’intéressée.

Dis moi, on ne s’est pas déjà vu quelque part ? Je suis certaine de t’avoir déjà croisée.

Puis Sylphide se concentra sur la lectrice, essayant une fois de plus de sentir à quel élément elle appartenait, comme elle avait l’habitude de le faire sur Tara, et ressentit clairement la foudre. Cette jeune femme devait très certainement être très expérimentée et maîtriser son don pour que Sylphide ressente aussi bien son « aura » comme elle aimait l’appeler. Mais se souvenait-elle d’elle ?

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