Morrigan furetait, comme à son habitude, entre les vieilles étagères qui croulaient sous les livres poussiéreux, tous plus appétissants les uns que les autres. Encore que ces derniers jours, elle passât le plus clair de son temps à profiter de la belle saison à l’extérieur.
Il faut dire que, même si elle n’était pas frileuse le moins du monde et trouvait un charme certains aux ciels torturés d’hiver, elle n’échappait pas à la vague de bonne humeur qui, accompagnant le retour des beaux jours, gagnait un par un tous les élus. Elle regrettait simplement que le soleil aveuglant qui commençait à réchauffer le teint de la population shimienne n’ait pas le même effet sur sa propre peau, qui restait désespérément blanche comme neige. Enfin, ça c’était la théorie parce que, après avoir passé la journée de la veille à batifoler dans les champs en t-shirt, elle devait bien reconnaître qu’elle avait plutôt les bras d’une délicate nuance cramoisie. Ce qui était d’ailleurs passablement douloureux et passablement inquiétant quant à l’été à venir. Il n’y avait vraiment qu’elle pour prendre des coups de soleil au début du printemps. Par une action de la divine providence (ce ne pouvait être que cela), son visage avait en revanche été plus ou moins épargné ; elle avait pour autant décidé que passer les heures les plus chaudes de la journée à l’intérieur serait salutaire, et c’est pourquoi elle avait naturellement pensé à la bibliothèque, sa bulle de silence et de tranquillité personnelle (surtout avec un temps pareil, qui attirait les élus dehors aussi sûrement que des papillons vers la lumière).
Elle était à présent plongée dans un ouvrage relatant diverses légendes de la mythologie celte, civilisation qu’elle affectionnait tout particulièrement. Relevant le nez de sa lecture, elle s’aperçut que le soleil semblait moins agressif, et que le vent s’était levé. L’heure semblait enfin propice, sans parler du fait que la lumière douce ne manquerait pas de l’inspirer – elle avait tout son matériel de dessin dans la sacoche rapiécée qu’elle avait jetée sur son épaule avant de quitter l’internat il y a quelques heures. Mmm… oui, mais elle finirait d’abord son mythe – celui-là parlait d’océan… Et puis, elle venait d’apercevoir un jeune homme qui semblait de toute évidence chercher quelque chose de précis, à en juger par le regard qu’il promenait sur les rayons (et également par le fait qu’elle connaissait très peu de gens pour hanter sans raison une bibliothèque, mis à part elle-même, et surtout ces jours-ci). Elle ne savait pas s’il connaissait bien l’endroit mais, au pire, elle pourrait toujours le renseigner. Car, même si l’ordre de rangement des livres ne semblait pas être souvent vérifié et tournait parfois à l’anarchie, occasionnant quelques surprises, elle situait maintenant à peu près les différentes sections. Et puis, si elle sortait immédiatement, il n’y aurait pour ainsi dire plus personne dans la bibliothèque…
Elle s’enfonça un peu plus profondément dans son fauteuil, ravie de n’avoir aucun impératif de temps, et reprit sa lecture…